Editorial

« JE TE CHERCHE COMME L’AVEUGLE LE BORD DU TROTTOIR »

Le site consacré à Robert Pinget fête bientôt ses quatre ans. Plusieurs milliers de personnes ont circulé sur le site, certaines ont déposé des messages attestant de leur attachement à la figure et à l’oeuvre de cet écrivain. Ces témoignages d’admiration sont la meilleure justification de l’investissement qu’ont demandé la création, l’entretien et l’amélioration du site. Nous remercions les lecteurs qui, par l’intermédiaire du formulaire de contact, n’hésitent pas à suggérer des modifications, à signaler des événements éditoriaux, universitaires, théâtraux ou autres qui ont trait à l’oeuvre de Robert Pinget, de près ou de loin: ainsi la mort récente de Christian Gailly a-t-elle été l’occasion pour un lecteur de rapprocher les deux écrivains, dans un message à visée de témoignage. Une nébuleuse d’anonymes se devine depuis ces trop rares témoignages, qui montre que l’auteur joue encore son rôle auprès d’eux, qui est de faire penser, d’émouvoir, et de ragaillardir. Des messages nous sont ainsi, par exemple, parvenus pour dire combien l’enregistrement par Robert Pinget de Monsieur Songe (voir rubrique Documents et sélectionner « archives sonores » dans le menu déroulant) était saisissant..

Ceci pour en conclure que le présent site n’est pas seulement conçu pour constituer une présentation de l’oeuvre. Il veut susciter le désir d’ouvrir les livres de Pinget, de se laisser séduire par la force poétique des compositions, par cette manière de traiter les mots comme des fleurs protégées ou des animaux rares, tout en se défiant de la grandiloquence, des facilités de la plume et de la pensée, des effets d’intimidation.

Pinget est un auteur où chacun peut trouver à s’alimenter, pour peu qu’il prenne la peine d’ouvrir un livre, qu’il s’empare de l’immense Inquisitoire ou qu’il médite sur les aphorismes cocasses du Harnais. Si l’oeuvre de Pinget est de celles qui désaltèrent, c’est qu’elle fabrique un monde où chaque lecteur peut projeter ses propres difficultés à vivre, et trouver, par la vertu du rire ou d’une émotion causés par une simple tournure de phrase, l’énergie de continuer. Pour le lecteur, c’est  l’un des grands bénéfices obtenus de l’attention extrême, grave et joueuse, que Pinget accordait aux mots.

Martin Mégevand, octobre 2013