Editorial

 

 

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À la mémoire de Claude Chaillet

 

 

On se souvient de leur rencontre dans Le Chrysanthème. Théodore venu fleurir une tombe dans le cimetière où le narrateur a élu domicile, décide de s’installer dans un caveau voisin, à distance. Ils ne se quitteront plus.

Claude Chaillet a été le compagnon des vingt-cinq dernières années de la vie de Robert Pinget. Leur vie commune a coïncidé avec l’écriture de romans dont la manière tranche avec les textes précédents, de Cette voix aux carnets de Monsieur Songe. C’est avec tristesse que les proches de Robert Pinget ont appris sa disparition, le 5 septembre 2017.

Cet être singulier au jugement si aigu sur les livres s’accommodait si difficilement des démarches les plus élémentaires de la vie courante qu’il se qualifiait lui-même de « Fonfon », l’idiot familier de tous les lecteurs de Pinget. Lecteur auprès des Lettres Nouvelles et critique à la Quinzaine littéraire dans les années 1970, lecteur pendant plus de vingt ans auprès des éditions Gallimard, chez Stock et Belfond, il a été aussi membre du comité de lecture de Flammarion.

Lecteur hors pair, il avait découvert ou accompagné les premières tentatives littéraires de nombreux écrivains et contribué à leur succès tout en demeurant dans l’ombre et l’anonymat qui lui convenaient. Il avait notamment découvert en manuscrit des œuvres de Tahar Ben Jelloun, Marie-Thérèse Humbert, Vera Feyder, Emmanuel Carrère, Calixthe Beyala, Andrei Makine, Maryline Desbiolles. Il avait aussi collaboré avec Jules Roy et Henri Queffelec.

Après la mort de Pinget, il a constitué le Comité d’honneur de l’Association Robert Pinget en sollicitant Bertrand Poirot Delpech, Michel Butor, Julia Kristeva, Laure Adler et Maurice Nadeau. Il a contribué de façon décisive à la préservation de l’oeuvre en faisant don de l’ensemble des manuscrits ainsi que plusieurs tableaux en sa possession à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, à Paris. Il s’est ensuite replié dans un appartement de Vitry sur Seine aux murs couverts de rayonnages supportant des centaines de films classiques et de livres. Profondément attaché à Saint-Louis du Sénégal où il avait un temps projeté de s’établir définitivement, il a continué de venir en aide à ceux qui là-bas s’étaient attachés à lui, jusqu’à une terrible chute dans la rue qui l’a conduit à l’hôpital Charles Foix en 2012 où il est mort des suites d’un cancer, à l’âge de soixante-treize ans.

Signe de son attachement à Claude Chaillet, c’est durant une longue période d’hospitalisation de ce dernier, à la fin des années 1970 que pour canaliser son énergie anxieuse, Robert Pinget a entrepris de construire la « tour Mahu » qui flanque encore aujourd’hui la maison qu’il habitait en Touraine.